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Le “corollaire Trump” : enlèvement du Président Vénézuélien par les Etats Unis
 


Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les Etats-Unis ont bombardé le Venezuela et enlevé le président Nicolas Maduro ainsi que son épouse, l’ancienne présidente de l’Assemblée nationale Cilia Flores, avec l’intention de les juger pour des peines liées au trafic de drogue et à la possession d’armes. L’attaque américaine était extrêmement violente, comme en témoignent les dégâts : plusieurs infrastructures importantes ont été visées dans la nuit, dont le ministère de la Défense, le commandement général de l’armée, une partie de l’académie militaire et la résidence officielle de la vice-présidente du pays.
 
Le gouvernement américain justifie cette intervention en la qualifiant de nécessaire au maintien de l’ordre sur le continent américain. Quoi qu’il en soit, Donald Trump a ainsi violé les principes fondateurs de l’ordre légal international contemporain. Construit en 1945, celui-ci repose largement sur la Charte des Nations Unies, dont les articles 1 et 2 défendent le refus du recours à la force dans les relations interétatiques et la promotion du règlement pacifique des différends (article 2 : « Les Membres de l’Organisation règlent leurs différends internationaux par des moyens pacifiques [et] s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force »). 
 
L’interventionnisme des Etats Unis sur le continent américain n’est pas nouveau, mais son origine remonte à la « doctrine Monroe », énoncée en 1823 par le Président James Monroe. Cette politique prohibait toute ingérence européenne dans les affaires « des Amériques », et inversement évitait l’intervention américaine en Europe. La doctrine visait initialement à rejeter le colonialisme (notamment britannique) mais a été paradoxalement citée à partir de la fin du XIXe siècle afin de justifier le contrôle militaire et économique des Etats Unis sur la région des Caraïbes. Ce contrôle s’étend ensuite à l’Amérique Latine avec le « corollaire de la doctrine Monroe », c’est-à-dire la conséquence de celle-ci, exposée par le Président Roosevelt en 1904. Ayant servi de prétexte à des interventions anti-communistes en Amérique latine durant la Guerre Froide, elle est aujourd’hui réutilisée par le Président Trump. Le 2 décembre 2025, la Maison Blanche diffusait un communiqué célébrant le 202e anniversaire de la doctrine Monroe et annonçait l’intention présidentielle de la « revigorer » en lui adjoignant un « corollaire Trump ».